Arboristes Mag - Numéro 5

L orsqu’on demande à Marc Dozier de se présenter, il répond « Je suis un fou des Papous ». Depuis qu’il a découvert la Papouasie-Nouvelle-Guinée à l’âge de 20 ans, il consacre la majeure partie de sa vie à ce territoire et à ses habitants. Rencontre avec ce photographe réalisateur humaniste et son ami, le chef papou Mundiya Kepanga, qui s’attache à défendre la troisième plus grande forêt tropicale humide du monde. INTERVIEW Comment est née votre passion pour la Papouasie-Nouvelle- Guinée et votre métier ? M.D. : Lorsque j’ai découvert des images de Papouasie-Nouvelle- Guinée et les magnifiques parures portées par ses tribus, j’ai eu un véritable coup de foudre ! C’est ainsi qu’à l’âge de 20 ans, je me suis rendu pour la première fois dans ce pays lointain, situé sur la zone orientale de l’île de Nouvelle-Guinée dans l’océan pacifique. J’y suis venu dans le cadre d’un échange scolaire organisé avec l’université de Port Moresby, la capitale. Mais au lieu des deux mois initialement prévus, j’y suis resté six mois. Avec un ami de longue date, nous avons sillonné de nombreuses régions et découvert la forêt qui couvre plus de 70 % du pays. Ce voyage a véritablement marqué un tournant dans notre vie. C’est ainsi que je suis devenu un véritable « fou de papous » et de cette forêt primaire qui compte parmi les plus vastes du monde. Depuis, je concentre mon travail de photojournaliste et de documentariste sur la Papouasie-Nouvelle-Guinée afin de témoigner de la richesse de cet environnement, de ses sociétés traditionnelles et des mutations qu’impose la confrontation avec le monde moderne. Qu’est-ce qui a motivé la première visite du chef papou Mundiya Kepanga en France ? M.D. : Au cours d’un reportage réalisé pour le magazine Grands Reportages sur la tribu des Hulis en 2001, j’ai fait la rencontre du chef papou,MundiyaKepanga. Immédiatement, il s’est improvisé guide et m’a accompagné durant de longues semaines pour me permettre de découvrir son territoire et sa tribu. Ensemble, nous avons parcouru sa forêt, traversé des rivières, franchi des cols et des vallées... et lorsque je l’ai quitté, il a refusé toute rémunération. Pour le remercier pour son aide et sa générosité, je l’ai invité en France avec son cousin Polobi en 2003. Au lieu de durer un mois, leur voyage s’est prolongé durant quatre mois et son regard sur la société occidentale m’a fortement interpellé. Cela m’a donné l’idée de réaliser un documentaire, afin de partager leur vision de notre société. Un peu à la manière des Lettres persanes de Montesquieu, Mundiya et son cousin Polobi posent en effet un regard incisif mais plein d’humour et de Kepanga&Dozier À L’HONNEUR Crédit photo : Marc DOZIER Crédit photo : Marc DOZIER La zone du plateau de Managalas, dans la province d’Oro, fait partie des 70 % de forêt primaire qui couvre la Papouasie-Nouvelle-Guinée. La cascade de Bikwau sur la rivière de Siman, dans la région de Maprik, au nord-ouest de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. bienveillance sur le monde « moderne ». Avec le soutien du producteur Emmanuel Priou de la société Bonne Pioche et du réalisateur Jean-Marie Barrère, nous avons alors co-réalisé le film « L’exploration inversée » pour Canal+. Diffusé pour la première fois en 2008, le film est toujours utilisé par de nombreux enseignants, afin de partager ses messages de tolérance et d’humanité. 9 H I VER 2022 5

RkJQdWJsaXNoZXIy MTE2MzM=